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Nous ne nous sommes pas dit au revoir

Alors que le thème de l'euthanasie chargé d'émotion revient brutalement dans l'actualité Marie de Hennezel dans son dernier livre intitulé "Nous ne nous sommes pas dit au revoir", ose soulever toutes les questions que pose l’euthanasie à une société qui a oublié qu’elle était mortelle. Une méditation précieuse en ces temps d’interrogations sur la valeur de la vie humaine !

Thomas Gueydier
25/01/2002

Marie de Hennezel commence par distinguer trois cas d’euthanasie. Elle fait la différence entre la mort donnée à l’insu des malades, la mort réclamée par le malade lui-même et la mort revendiquée froidement comme un droit existentiel.

Dans le premier cas, les choses sont assez simples. L’euthanasie n’étant que la réaction instinctive d’un entourage soignant et familial paniqué à une souffrance insupportable, la solution réside dans l’aide des familles en détresse et dans le soutien du personnel soignant. Rassurées dans des groupes de paroles, qui permettent à leur affectivité de s’exprimer, les infirmières sont plus à même d’assumer la souffrance des malades. Quant aux médecins, ils se replient moins vite sur l’euthanasie après avoir accepté et compris les limites du pouvoir médical.

Le deuxième cas est plus délicat. Quand c’est le malade lui-même qui supplie qu’on mette fin à ses jours, les solutions sont moins faciles à trouver mais rapidement l’écoute s’impose comme l’attitude à adopter. Derrière une demande d’euthanasie se cache en effet "une déception de communication" (Marie de Hennezel cite Françoise Dolto) et l’ultime requête de quelqu’un qui se demande s’il est toujours une personne. Encore faut-il, précise audacieusement Marie de Hennezel, pour être prédisposé à une telle écoute, dépasser l’agression que constitue la demande d’euthanasie destinée au personnel, pour déceler et assumer sans y succomber ce qui n’est autre qu’ une violence intérieure…

Que penser maintenant des malades –ou des valides- qui, ne souffrant pas, demandent lucidement d’être euthanasiés quand le moment se présentera ? Ce troisième cas d’euthanasie est le plus complexe. Marie de Hennezel le résout simplement. En observant d’abord qu’une telle demande participe plus d’une volonté de ritualiser la fin de vie qu’autre chose, elle y décèle la manifestation de la crainte de la maltraitance ou de la dégradation. Au cœur de cette question de l’euthanasie réside donc la dignité.

Pour explorer cette notion de la dignité, Marie de Hennezel part du concept de dépendance. A la fois vécue comme un mal atroce et comme une caractéristique humaine qui fait de nous des êtres de relations, c’est effectivement le nœud du problème. Quant à la liberté, dont se réclament ceux qui demandent l’euthanasie en toute lucidité, alors qu’ils ne souffrent pas, elle en délimite les contours en évoquant cette autre liberté, aussi inviolable que toute autre, de celui à qui on demande de tuer. Lui aussi a le droit de choisir…

Avec la délicatesse de l’infirmière et la fermeté de la femme de terrain, Marie de Hennezel consacre ensuite un chapitre à Christine Malèvre, cette infirmière condamnée pour avoir pratiqué l’euthanasie. Elle distingue enfin vraie et fausse compassion et, après avoir posé la question d’une loi sur l’euthanasie, nous rappelle avec éloquence et conviction que mourir ne se mérite pas mais s’apprend.

| (c) DR

Infos pratiques

"Nous ne nous sommes pas dit au revoir"
de Marie de Hennezel
éditions Robert Laffont
collection aider la vie
19,69 euros

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