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Coutances : une réflexion sur les organismes génétiquement modifiés
La Commission de Pastorale Rurale du diocèse de Coutances - qui regroupe des acteurs du milieu rural : prêtres, laïcs, responsables de mouvements d'action catholique - s'est interrogée sur le problème des OGM. Dans un communiqué publié récemment, elle fait état des diverses positions et appelle au débat sur ce sujet de société.
Commission de Pastorale Rurale - Coutances
18/12/2004
Une question posée à la responsabilité de chacun
Ce n'est pas d'aujourd'hui que des décisions, des expérimentations dans des domaines très divers engagent l'avenir de l'humanité et interpellent la responsabilité de chacun.
Les recherches engagées autour des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) invitent chacun à se faire une opinion aussi éclairée que possible pour pouvoir se situer en citoyen responsable dans la société d'aujourd'hui.
Il y a, face à cette réalité, des façons de penser et des attitudes diverses, souvent diamétralement opposées :
- on arrache les pieds de maïs transgénique cultivés en plein air...
- des municipalités prennent des arrêtés anti-OGM...
- les chercheurs ne comprennent pas de quel droit on sabote leur travail...
- l'Europe autorise 0,9 % de produits transgéniques dans nos assiettes...
- des collectifs anti-OGM se créent...
Dans ce contexte plutôt passionné, chacun des membres de la commission s'est exprimé.
Des points de vue contrastés
Les uns sont "contre" (ou "plutôt contre")
* Les OGM représentent une expérimentation sur le vivant. On y voit un dangereux manque de respect pour la nature et la biodiversité. On peut craindre - à plus ou moins long terme - des risques importants et irréversibles pour tous les organismes vivants.
* Les OGM augmenteront sans doute la productivité agricole... mais dans quel but ?
* Cela résoudra-t-il le problème de la faim dans le monde ? Pas du tout sûr ! N'oublions pas que, sur le milliard d'êtres humains qui souffrent de la faim, il y a 600 millions de paysans.
* Les producteurs des pays pauvres risquent de ne plus pouvoir acheter leurs semences, et s'enfoncer un peu plus dans la pauvreté. Par le fait même, les OGM risquent de torpiller la souveraineté alimentaire des pays en voie de développement.
* Le respect de la planète est en jeu.
* II y a risque de contamination génétique pour toutes les autres cultures traditionnelles qui entrent en ligne de compte dans l'alimentation humaine.
* Si les craintes se réalisent, que deviendra l'agriculture biologique ? La qualité de ses produits continuera-t-elle à être "certifiée" compte tenu de la contamination possible ?
* La liberté du monde paysan risque fort de disparaître sous la domination des grandes firmes qui seront seules aptes à commercialiser les semences et qui imposeront leurs prix,
* Le danger de conséquences irréversibles au niveau de la planète pose de graves questions à la conscience de l'époque actuelle :
- Quel avenir risquons-nous de susciter pour l'humanité ?
- Quelle terre allons-nous léguer aux générations futures ?
D'autres sont "pour"
* En matière d'expérimentation, le risque zéro n'existe pas. Dans le domaine des OGM, il y aura sans doute toujours des risques potentiels... mais doit-on pour autant refuser toute avancée en ce domaine?
* II y a des risques, c'est vrai. Mais il faut aussi tenir compte des avantages possibles des OGM et de leur utilité demain dans le domaine de la santé, de la faim, etc... Ce serait dommage de condamner aujourd'hui
ce qui peut être très utile à l'humanité demain.
* Si nous arrêtons toute recherche en ce domaine, nous laisserons le champ libre à d'autres : grandes firmes et puissances financières, par exemple.
* Des chercheurs spécialisés disent qu'il s'agit d'une réalité importante pour l'avenir. Il faut donc continuer la recherche, même en plein champ, mais en prenant le maximum de précautions afin d'éviter les conséquences néfastes pour l'environnement.
Des questions en débat
* Pour voir clair et pouvoir se situer en face de la question des OGM, il serait utile d'entendre des chercheurs indépendants, libres par rapport à tout intérêt économique. Ils pourraient dire le pourquoi de leurs recherches, ce qu'ils se sentent en droit d'en attendre pour l'humanité.
* Si l'on opte pour l'expérimentation, a-t-on les moyens de prendre toutes les précautions possibles pour éviter la diffusion de gènes intrus et la contagion de l'environnement ?
* Peut-on dire que personne ne soit radicalement contre la recherche OGM, à condition :
- qu'elle se fasse en espace confiné.
- qu'elle soit encadrée par des règles strictes de sécurité par rapport à l'homme et à son environnement.
- que l'expérimentation ne soit pas laissée sans aucun contrôle aux puissances financières qui deviendraient dominatrices par le moyen des brevets ?
Des questions de fond
* Le progrès scientifique... oui, mais à quel prix ?
* Quelle agriculture souhaitons-nous pour demain ?
* Quels sont les véritables objectifs des firmes qui produisent et commercialisent les OGM ?
* Les OGM permettront-ils d'enrayer la faim dans le monde ?
* Quelle liberté restera-t-il au producteur dans sa manière de produire et dans ses choix de production ? Et au consommateur dans le choix de son alimentation ?
* Quelles conséquences juridiques cela aura-t-il ?
* Quel climat social en découlera-t-il (entre voisins, au niveau communal, professionnel...) aujourd'hui et demain ?
* Quel poids donne-t-on à l'humain en face de l'économique et du financier ?
En guise de conclusion
La Commission de Pastorale Rurale - qui regroupe des acteurs du milieu rural : prêtres, laïcs, responsables de mouvements d'action catholique - s'est interrogée sur ce problème de société. Nous souhaitons vous transmettre notre réflexion mais aussi et surtout nos interrogations, pourvous permettre, en équipe de mouvement, en équipe pastorale, en famille, entre amis, entre collègues, d'échanger sur ce problème de société, et de formuler votre propre analyse, réflexion, opinion.
Coutances, le 7 décembre 2004
Source : catholique-coutances.cef.fr
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